Un mur de boucles d'oreilles fantaisie accrochées par paires sur des cartons, créoles dorées, pendants émaillés et perles de couleur

Plomb, nickel, cadmium : la face cachée des bijoux fantaisie

Image d’en-tête. Photo Vis M, CC0, via Wikimedia Commons, recadrée.

On ne peut pas dire quelle part des bijoux fantaisie vendus en France dépasse les limites fixées pour le plomb, le nickel ou le cadmium. Lors de son enquête de 2016, la DGCCRF a jugé dangereux 30 % des 144 bijoux qu’elle a fait analyser.1 En 2023, 17 % des 104 articles analysés en laboratoire étaient non conformes et dangereux.2

Ce que la loi interdit dans un bijou fantaisie

Un bijou fantaisie ne contient ni métaux précieux, ni pierres précieuses, ni perles. Il est souvent fait de matériaux synthétiques, mais aussi de métaux non précieux, comme l’aluminium, l’acier ou le cuivre, de verre, de bois, de corne, d’os ou de liège.3 Son prix doit être affiché. Sa dénomination, collier ras-de-cou, bracelet ou créoles, et ses principaux matériaux doivent être indiqués en français.3

La sécurité chimique concerne les bijoux en contact direct avec la peau, ou qui peuvent être portés à la bouche. Les limites sont fixées par l’annexe XVII du règlement européen REACH, qui encadre les substances chimiques.3 Le plomb est interdit dans toute partie d’un bijou dont il forme 0,05 % du poids ou plus. Le cadmium est interdit dans les parties en métal à partir de 0,01 % du poids du métal.4 Ces deux règles valent pour les bijoux fantaisie, les accessoires pour les cheveux, les bijoux de piercing, les broches et les boutons de manchette.4

Pour le nickel, la limite porte sur le taux de libération, c’est-à-dire la quantité de nickel qui se dégage du bijou au contact de la peau. Boucles d’oreilles, colliers, bracelets et bagues ne doivent pas en libérer plus de 0,5 microgramme par centimètre carré et par semaine. Pour une tige de piercing, la limite est de 0,2 microgramme.4 Un bijou recouvert d’une autre matière doit tenir cette limite pendant au moins deux ans d’usage normal.4

Trois limites du règlement REACH, le plomb à 0,05 % du poids de chaque partie, le cadmium à 0,01 % du poids du métal, le nickel à 0,5 microgramme par centimètre carré et par semaine, 0,2 en piercing
Le plomb est limité à 0,05 % du poids, le cadmium à 0,01 %, et le nickel libéré à 0,5 microgramme par centimètre carré et par semaine.

La limite du plomb ne s’applique pas au cristal, aux émaux, ni aux pierres précieuses et semi-précieuses naturelles, sauf si elles ont été traitées au plomb.4 Ces limites ne visent pas les bijoux mis sur le marché avant le 9 octobre 2013 pour le plomb, avant le 10 décembre 2011 pour le cadmium.4 En cas de contrôle, tout professionnel doit pouvoir prouver que les bijoux qu’il fabrique ou vend respectent REACH, notamment par un autocontrôle efficace.3

Pourquoi ces trois métaux

Le cadmium est nocif pour la santé humaine. Il s’accumule dans le corps, peut endommager les reins et les os, et peut causer le cancer.5 Le plomb s’accumule aussi dans le corps. Il peut être toxique pour le développement du système nerveux, et toucher les enfants allaités ou à naître.6 Le nickel est un sensibilisant fort. Il provoque des réactions allergiques quand il se trouve dans des objets en contact direct et prolongé avec la peau.6 On estime qu’environ 10 % de la population souffre d’allergie au contact du nickel, avec des rougeurs et des démangeaisons.7

Les enfants mettent souvent des objets dans leur bouche. Ils peuvent sucer, mâcher ou avaler un bijou.8 Le plomb a un goût légèrement sucré, ce qui peut les inciter à sucer un bijou qui en contient. Même peint ou enrobé, un bijou reste risqué, car le revêtement peut s’user et laisser le métal à nu.8 Il n’y a pas de niveau d’exposition au plomb sans danger, en particulier pour les enfants.8

Ce que les enquêtes de la DGCCRF ont trouvé

En 2016, la DGCCRF a contrôlé 758 établissements et fait analyser 144 bijoux. Plus du tiers ne respectaient pas la réglementation.1 Trente pour cent contenaient des métaux lourds ou des substances allergisantes au-delà des limites, et ont été déclarés dangereux. Certains cumulaient les défauts.1 Vingt-deux dépassaient la limite du plomb. Seize dépassaient celle du cadmium, dont un bijou qui en contenait 98 %. Dix-sept dépassaient celle du nickel, et l’un d’eux libérait 210 microgrammes par centimètre carré et par semaine, pour une limite de 0,5.1 Ces bijoux ont été retirés ou rappelés, parfois détruits ou renvoyés vers leur pays d’origine.1

En 2023, l’enquête a porté sur 383 fabricants, importateurs et distributeurs. Les enquêteurs ont recherché le plomb, le nickel, le cadmium, le chrome VI du cuir et des colorants azoïques.2 Près de 46 % des professionnels vendaient au moins un produit qui posait un problème. Sur les 104 articles analysés en laboratoire, 17 % étaient non conformes et dangereux.2 Les enquêteurs ont aussi relevé l’absence de précautions d’emploi sur des bijoux fantaisie pour enfants, malgré les risques d’ingestion. Ils ont trouvé des allégations santé, comme « bracelets minceur », qui sont interdites.2

EnquêteContrôlésAnalysés en laboratoireJugés dangereux
2016758 établissements144 bijoux30 %
2023383 professionnels104 articles, bracelets de montre compris17 %

En 2016, les analyses portaient sur des bijoux.1 En 2023, elles portaient sur des colliers, des boucles d’oreilles et des bagues, mais aussi sur des bracelets de montre et d’autres accessoires.2 Les deux fois, la DGCCRF relève que les professionnels connaissent mal leurs obligations.1 2 Le secteur compte surtout de petites entreprises et des autoentrepreneurs. Ils font trop rarement des autocontrôles, et se reposent sur l’étiquetage ou la fiche technique de fournisseurs souvent situés à l’étranger.1

Dix ans de contrôles, 30 % des 144 bijoux analysés jugés dangereux en 2016, 17 % des 104 articles en 2023, 5 600 bijoux saisis par la douane en 2025, 25 fiches de rappel en 2026
En 2025, la douane a saisi 5 600 bijoux fantaisie à Aulnay-sous-Bois, et la base RappelConso compte 25 fiches de rappel de bijoux en 2026.

La douane, à l’arrivée des envois

Le 6 août 2025, le bureau des douanes d’Aulnay-sous-Bois a intercepté en Seine-Saint-Denis 5 600 bijoux fantaisie dangereux pour les consommateurs.9 Ils faisaient partie d’un envoi de 67 000 pièces venu de Chine, sur lequel la douane a prélevé des échantillons. Dans deux types de bijoux, le laboratoire a mesuré une teneur en nickel plus de quatre fois supérieure aux normes, et une teneur en plomb trois fois supérieure.9 Toute la marchandise jugée dangereuse a été saisie, pour être détruite par incinération. Ces bijoux sont prisés des enfants et des adolescents.9

Ce que disent les fiches de rappel

La base officielle RappelConso compte 78 fiches de rappel dans sa sous-catégorie bijouterie depuis 2021, dont 25 publiées en 2026, au 2 novembre.6 Le nickel est cité dans le motif de 40 fiches, le plomb dans 32 et le cadmium dans 23, une même fiche pouvant en citer plusieurs. Cinquante-sept rappels sont volontaires, six ont été imposés par un arrêté du préfet.6 En 2026, quinze fiches viennent du système d’alerte rapide européen, Safety Gate. Quatorze d’entre elles décrivent un produit vendu en ligne, notamment via AliExpress, Temu, Shein, Amazon ou eBay.6

Certaines fiches donnent la mesure. Deux bagues ouvertes vendues en ligne contenaient jusqu’à 92 % de cadmium en poids.5 Un collier long libérait jusqu’à 12 microgrammes de nickel par centimètre carré et par semaine.6 La fiche d’une parure de trois bijoux roses et jaunes, une bague, un bracelet et un collier, est classée dans la sous-catégorie des jouets. Vendue dans tous les magasins TEDi de France du 19 juillet au 21 octobre 2026, elle a été rappelée le 22 octobre. Des tests ont révélé une teneur élevée en plomb à la soudure de la bague.10

AnnéeFiches de rappel de bijoux
202112
20226
202323
20245
20257
2026, au 2 novembre25

Ce que l’acheteur peut faire

Il vaut mieux ne pas donner de bijoux aux enfants de moins de 3 ans. Les jeunes enfants ne devraient ni porter des bijoux d’adultes, ni mettre des bijoux dans leur bouche.8 Un bijou peu coûteux et anormalement lourd pour sa taille peut contenir du plomb. Si un enfant a souvent sucé ou mâchouillé un bijou qui pourrait en contenir, le médecin peut demander une prise de sang. S’il avale un bijou, il faut consulter immédiatement.8 Ce qui use la couche d’un bijou plaqué, et la façon d’en prendre soin, sont détaillés dans notre article Or, argent, perles, ce qui use un bijou et comment le faire durer.

Chaque fiche de rappel dit quoi faire. Le plus souvent, il faut arrêter d’utiliser le produit et contacter le vendeur, ou le rapporter au point de vente.5 10 Les rappels se consultent sur le site RappelConso, et un produit rappelé qui semble toujours en rayon peut être signalé sur SignalConso.5 Les sacs, les montres et les chaussures rappelés sont traités dans notre article Accessoires de mode rappelés, ce que la loi reproche aux sacs, montres et chaussures.

Sources

Questions fréquentes

Les bijoux fantaisie contiennent-ils du plomb, du nickel ou du cadmium ?

Certains bijoux fantaisie contiennent du plomb, du nickel ou du cadmium au-delà des limites fixées par le règlement européen REACH. Lors de son enquête de 2016, la DGCCRF a jugé dangereux 30 % des 144 bijoux qu’elle a fait analyser, et en 2023, 17 % des 104 articles analysés en laboratoire étaient non conformes et dangereux. Ces chiffres viennent de contrôles, ils ne disent pas quelle part des bijoux vendus en France dépasse les limites.

Quelle est la limite de nickel autorisée dans un bijou ?

Un bijou en contact direct et prolongé avec la peau, boucles d’oreilles, colliers, bracelets ou bagues, ne doit pas libérer plus de 0,5 microgramme de nickel par centimètre carré et par semaine. Pour une tige de piercing, la limite est de 0,2 microgramme. Un bijou recouvert d’une autre matière doit tenir cette limite pendant au moins deux ans d’usage normal. Ces limites viennent de l’annexe XVII du règlement européen REACH.

Quelle est la limite de plomb et de cadmium dans un bijou ?

Le plomb est interdit dans toute partie d’un bijou dont il forme 0,05 % du poids ou plus, et le cadmium dans les parties en métal à partir de 0,01 % du poids du métal. Ces limites du règlement européen REACH valent pour les bijoux fantaisie, les accessoires pour les cheveux, les bijoux de piercing, les montres-bracelets, les broches et les boutons de manchette. La limite du plomb ne s’applique pas au cristal, aux émaux, ni aux pierres précieuses naturelles non traitées au plomb.

Pourquoi le plomb, le cadmium et le nickel sont-ils dangereux dans un bijou ?

Le cadmium s’accumule dans le corps, peut endommager les reins et les os, et peut causer le cancer. Le plomb s’accumule aussi, peut être toxique pour le développement du système nerveux et toucher les enfants allaités ou à naître, et il n’y a pas de niveau d’exposition au plomb sans danger. Le nickel est un sensibilisant fort, qui provoque des allergies au contact prolongé de la peau, et environ 10 % de la population y serait allergique.

Les bijoux fantaisie sont-ils dangereux pour les enfants ?

Les enfants mettent souvent des objets dans leur bouche et peuvent sucer, mâcher ou avaler un bijou, et le plomb a un goût légèrement sucré qui peut les inciter à le sucer. Il vaut mieux ne pas donner de bijoux aux enfants de moins de 3 ans, ni laisser les jeunes enfants porter des bijoux d’adultes. Un bijou peu coûteux et anormalement lourd pour sa taille peut contenir du plomb, et un enfant qui avale un bijou doit voir un médecin immédiatement.

Comment savoir si un bijou a été rappelé, et que faire ?

Les rappels de bijoux se consultent sur le site officiel RappelConso, où la base compte 78 fiches de bijouterie depuis 2021, dont 25 publiées en 2026 au 2 novembre. Chaque fiche dit quoi faire, le plus souvent arrêter d’utiliser le produit et contacter le vendeur, ou le rapporter au point de vente. Un bijou peut aussi être classé ailleurs, comme une parure pour enfants rangée parmi les jouets, et un produit rappelé encore en rayon se signale sur SignalConso.